Toute cause produit un effet, et toute réaction résulte d’une action. La rencontre entre Nu Look et Klass qui a eu lieu à Amazura, le vendredi 29 août dernier, fait encore la une. Le résultat de cette soirée a créé des débats nourris partout. Il porte les gens, toutes classes et croyances confondues, à opiner pour ou contre la décision qui fait croire que Nu Look est devenu le numéro 1 du compas direct et de l’industrie.

Les fans de ces deux groupes musicaux n’arrivent pas à contrôler leurs émotions et ils spéculent encore. Ceux de Nu Look font croire et confirment que cette formation musicale occupe la première place de la compétition. Ceux qui supportent Klass pensent que ce groupe maintient et consolide sa position sur l’échiquier musical. De deux choses l’une ! Mais on peut observer un même événement, une même chose à partir d’un même point d’observation et avoir des opinions différentes.

Les opinions ne se disputent pas
article par Jean Robert Noel pour haitiactualites.com

Certains animateurs de radio et journalistes culturels très connus ont peur de se prononcer sur les faits qui ont marqué cette soirée inoubliable à Amazura. Parmi eux, on compte aussi des « Nu Lookistes » tout aussi bien des « Klassistes » qui jouent à la diplomatie pour ne pas déplaire à leurs amis, musiciens évoluant au sein de leur groupe préféré. Il y en a même qui s’énervent au micro au cours de leurs émissions hebdomadaires ou quotidiennes. Ils font des déclarations brutales et intimidantes pour empêcher que les auditeurs ne les questionnent sur le face- à-face Nu Look / Klass. Ils nagent en contre-courant. Il y a anguilles sous roche. Guy Wawa n’est pas innocent. Pa gen wout pa bwa.

Il y a un jeu psychologique qui se crée autour de cette affaire Nu Look / Klass, qui va certainement perdre de sa chaleur avant novembre 2014. Le maestro de Nu Look s’autoproclame « king – roi» et « leader » du marché musical haïtien, après cet événement culturel du 29 août. Arly Larivière se déguise, portant les accoutrements et la couronne d’un roi. L’autodérision fait rire. Auteur de l’article: Robert Noël www.haitiactualites.com. Arly a aussi déclaré que Nu Look est, sans conteste, le groupe numéro 1 de l’industrie musicale haïtienne (HMI). Et depuis lors, les fans de cet orchestre tirent à boulets rouges sur Klass, à partir de la perception du maestro de Nu Look.

Quand on compare les accomplissements de ces deux orchestres, on peut dire que Nu Look est l’aîné de Klass. Il a un répertoire beaucoup plus riche que celui de Klass, son jeune rival, qui est né il n’y a que seulement deux ans et n’a produit qu’un seul album, qui lui a valu une popularité aussi rapide que l’éclair. Cela était arrivé au moment où Nu Look rampait et ne pouvait convaincre personne de ses possibilités de réussite. Klass était sûr de lui-même puisque son album a été bien reçu. Il faut surtout souligner que la stratégie que Klass a utilisée pour promouvoir son album l’a beaucoup aidé.

Dans un temps, Klass et Nu Look se trouvaient à bord du même bateau en péril. Lors, ni l’un ni l’autre ne pouvait donner la garantie de foule. On imputait le malaise de Nu Look au départ de Pipo, qui avait créé un grand vide au sein de cet orchestre. Panique générale dans le camp Nu Look lors! Avec l’acquisition de Pipo et la sortie du disque «Fè l vini avan », Klass est sorti de l’ombre et s’est vite placé sur l’échiquier musical haïtien. Et depuis, sa valeur marchande a augmenté. Aujourd’hui, il devient le plus grand compétiteur pour Nu Look et les autres. A-t-on déjà oublié le fameux slogan de Klass qui dit : « kote w ye a, se la m te ye, kote m ye a se la w vle ye » ?

Nu Look a aujourd’hui changé d’espace. Si ce slogan s’adressait à Nu Look dans le temps, est-il encore valide aujourd’hui? C’est une question que se posent les observateurs, et à laquelle ils aimeraient que le maestro Richie réponde. Arly Larivière peut-il retourner la balle à Richie aujourd’hui ? L’on se demande souvent quels sont les critères sur lesquels un groupe se base pour se dire numéro 1? Certains animateurs déclarent Nu Look numéro 2. D’autres, au contraire, le considèrent le numéro 1 du moment.

Les émotions fluctuent entre la joie et la tristesse

La décision de Ticket Magazine a jeté l’huile au feu en proclamant Nu Look gagnant de l’été « L’été Nu Look ! ». Les fans de Klass tirent les pieds et veulent tout effacer. Ils oublient que Klass était mis en page de couverture de Ticket Magazine avant Nu Look. Certains disent que Ticket a établi l’équilibre puisque l’an dernier il avait attribué cette position au groupe Klass de Richie. Là encore, on ne peut discuter l’opinion d’un organe de presse, surtout quand on ne connait pas vraiment les critères sur lesquels il s’est basé pour rendre un tel verdict.

Sans nul doute, ce magazine a aussi pris en considération le nombre de disques vendus pour l’année par chaque orchestre. Pour certains, Ticket Magazine a raison. Tandis que d’autres le critiquent amèrement. Combien de soirées dansantes que Nu Look a jouées à guichet fermé, au cours de sa tournée estivale en Haïti?, se demandent les fans de Klass. Et combien de prestations sold out – à guichet fermé – que Klass a présentées lors de sa récente tournée en Haïti?, se questionnent plus d’un dans le camp Nu Look. On compte aussi des musiciens parmi ceux qui font valoir leurs opinions en opposition à la décision de Ticket Magazine.

L’an dernier, sans aucune preuve, on faisait croire que Klass avait payé pour qu’on le place en page de couverture. Cette année, on dit que Nu Look a bénéficié de la même forme de publicité dans les mêmes conditions. Sans vouloir défendre cet organe de presse culturelle, il faut reconnaitre qu’il a ses propres critères d’évaluation qu’il faut respecter. Et on est sûr qu’il avait délégué des observateurs, des représentants de presse sur place capables de lui dresser un état des lieux sans marge d’erreur, lors des soirées dansantes qu’animaient les groupes musicaux pendant la saison estivale.

Le nombre de disques vendus par Nu Look et Klass en 2014?

Le marché musical haïtien n’a pas un système mis en place pour faire le compte des CDs vendus par chaque orchestre. Tout se fait sur une base non-scientifique. On devine, on imagine un chiffre. On utilise surtout le « trial-and-error approach – l’approche par tâtonnements ». À quoi servent les étiquettes à code-barres (barcodes) comprenant un numéro de lot, sur les CDs ? Les disquaires haïtiens n’ont même pas de lecteurs de code-barres pour effectuer la lecture du codage du CD à différents moments de sa commercialisation / sa vente. Le nombre de CDs vendus devrait être aussi pris en considération pour classifier un groupe musical, outre le nombre de participants aux soirées dansantes.

Nu Look a-t-il vendu plus de disques que Klass ou Klass a-t-il surpassé Nu Look en vente de CDs en 2014? Les musiciens, les producteurs et les disquaires ne pourront pas répondre à cette question, puisque ces données ne sont pas disponibles dans le marché musical haïtien. Les producteurs et les musiciens majorent toujours la quantité de disques produits. Ils augmentent tout aussi bien leurs chiffres d’affaires / de vente. Cette manière de procéder pourrait leur coûter cher s’ils avaient à payer les taxes au Service d’Impôt sur le Revenu, aux États-Unis (IRS). Pourtant, ils ne bénéficient d’aucune exonération de taxes (tax exemption).

Plus gros est le revenu, plus élevées les taxes à payer. Les musiciens flottent et font la planche en plein océan. Comme des nageurs fatigués, à bout d’énergie, ils essaient de regagner les rivages. L’argent qu’ils injectent dans l’économie américaine annuellement n’avoisine pas des millions de dollars. Est-ce pourquoi l’Oncle Sam ne les guette pas. Certes, ils font des dépenses pour répondre à leurs besoins immédiats et ceux de leur famille. Les groupes musicaux évoluent dans un marché pauvre et maigre. Il y a des musiciens qui, après la grande tournée de leur orchestre en Haïti, ne peuvent même pas payer leur loyer.

Un musicien d’un groupe musical de Miami a été expulsé de son appartement, à son retour de tournée de 34 jours en Haïti, pour n’avoir pas pu répondre à ses responsabilités de locataire face au propriétaire. Le leader de son orchestre ne fait que le regarder du blanc des yeux et le congédie. Pourtant l’artiste – dirigeant de cet orchestre se dit chrétien, mais il oublie que la Bible condamne l’exploitation de l’homme par l’homme : « Ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Pourtant, ce chanteur vedette accusait son ancien maestro de malversations et de corruption. Aujourd’hui, il fait pire. Il va continuer à porter sa croix. Qu’il se rappelle que l’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître. article par Jean Robert Noel pour Haitiactualites.com

Qui dit mieux?

Certains musiciens font croire que le récent album de leur groupe a été repressé et a immédiatement été épuisé à nouveau. Adye frè, tout moun sou blòf. Pourtant, les premiers stocks de CDs sont encore disponibles chez les disquaires. Seraient-ce des CDs piratés (bootlegged)? Le marché musical haïtien se repose seulement sur les soirées dansantes, les petits bals du samedi soir. Entre Nu Look et Klass on n’y met pas le doigt profondément. Contrairement à la grande majorité des membres de la presse culturelle, je paie toujours les frais d’amission aux soirées dansantes par souci de supporter les groupes musicaux. J’achète toujours les disques des orchestres chez les mêmes disquaires.

Aucun groupe musical ne m’a jamais fait don d’un CD. Et cela, on peut aller de A à Z, que le groupe se nomme Anbyans ou Zenglen en passant par Carimi, Disip, Djakout #1, Djakout Mizik, Klass, Magnum Band, Nu Look , Skah-Shah, System Band, T-Vice, Tabou Combo ou Zin. J’auditionne leurs disques, puis je les évalue. Bagay yo pa bon nan mache mizik la, d’après un sondage méticuleux mené à partir d’un grand échantillon de consommateurs de musique compas direct questionnés dans différentes villes. Le pouls du marché musical compas direct n’inspire pas trop confiance, malgré cet énorme battage publicitaire et médiatique qui a été fait autour de l’événement Klass / Nu Look.
article par jean robert noel pour haitiactualites.com
Aujourd’hui, on questionne la viabilité du marché des disques haïtiens et le devenir du compas direct, malgré tout ce vacarme orchestré autour de l’affaire Nu Look versus Klass. Fanfan Ti Bot du Tabou Combo a grandement peur du revirement du marché musical qui s’opère aujourd’hui. D’ailleurs, il n’est pas le seul à le sentir. Cela va de mal en pis. Le business ne marche pas, quoique les groupes s’autoproclament numéros 1 du marché musical haïtien. Le classement Nu Look ou Klass en tête peut-il aider la musique compas direct à avancer et réussir la traversée transcontinentale ? On vit dans l’incertitude.

Les plaintes et la guerre des mots continuent malgré le mea culpa de
Richie du groupe Klass

Face à la situation tendue qui sévit, Richie, maestro de Klass, a fait son mea culpa – c’est ma faute, c’est ma très grande faute. Il fait preuve d’honnêteté. Il reconnait ses erreurs et promet de les corriger à l’avenir. Pour s’expliquer sur la question de Nu Look qui s’autoproclame « numéro 1 de la HMI », Richie fit une analogie pour revendiquer ses droits. Il fit référence à la NBA (National Basketball Association) en parlant de San Antonio Spurs-Les Spurs de San Antonio, l’actuelle championne de la ligue de basketball des États-Unis.

Cette équipe avait perdu des matches tout au cours de la saison régulière. Cela n’empêche qu’elle soit l’actuelle championne de la NBA. Quand on lit entre les lignes, une telle analyse, d’après Richie, voudrait dire que Klass a perdu un match mais pas un championnat. En d’autres termes, il a perdu une bataille, mais pas la guerre. Il a aussi souligné qu’il avait l’intention de mettre sur pied un orchestre philarmonique bien avant Nu Look. Il a aussi déclaré qu’un ami commun à lui et à Arly peut en témoigner.

J’invite mon frère Dernst Emile, un musicien chevronné et respecté, un chef d’orchestre très connu ici et ailleurs, à suivre cette nouvelle aventure de ces musiciens compas direct. Ils veulent incorporer les instruments d’un orchestre philharmonique au sein de leur formation musicale, sans tenir compte des normes, des principes et concepts musicaux. D’ailleurs, Dernst m’accordera une interview sur la situation qui se déroule dans le monde de la musique internationale, incluant celle d’Haïti. Il fera valoir ses opinions sans réserve. Il vient de partager avec moi des images de la chorale d’une école secondaire américaine (High School) interprétant magistralement «Papa loko ».

L’on se demande pourquoi les fans de Klass continuent à nourrir un débat sans lendemain puisque le maestro de leur groupe préféré s’est excusé de n’avoir pas pu offrir ce que son public espérait. N’est-ce pas là une bonne raison pour que ces fans se taisent. Il y en a qui disent même que les violonistes, la harpiste et les autres musiciens de l’orchestre harmonique que Nu Look avait présentés sur scène n’étaient que des figurants. Dans leur esprit, ils ne jouaient pas vraiment leurs instruments ce soir-là. L’observation de la majorité ne confirme pas une telle assertion. Il faut simplement dire que l’ingénieur du son n’avait pas punché à temps à l’entrée des violons. Tout était rentré dans l’ordre par la suite. Sans le moindre doute, on peut dire que l’ingénieur utilisait une console digitale.

Richie espère une deuxième rencontre avec Nu Look, qui sera très difficile à réaliser dans l’immédiat. Arly fait des exigences normales, mais qui peuvent aussi empêcher que le rêve de Richie se concrétise. Arly n’est pas vraiment motivé pour un autre face- à- face Nu Look / Klass. Au cas où cela ne se matérialiserait pas, Richie n’aura aucun problème… la vie continue, dit-il. Et si cela se réalise, « se 50 kob », et dans le cas contraire, « se degouden ». Cela veut dire ce sont les deux faces d’une même pièce de monnaie. Se 50 kob ak degouden. Pour certaines gens, que Klass ou Nu Look occupe la première position ou pas, c’est le cadet de leurs soucis. Ils s’intéressent simplement à ce que ces deux groupes ont à offrir comme musique.

robertnoel22@yahoo.com