Guire Poulard – Archeveque de Port-au-Prince

Un appel solennel au dialogue et à l’unité », c’est le message du Monseigneur Guire Poulard, l’archevêque de Port-au-Prince, qui a livré dimanche sa lecture sur la situation politique du pays en marge d’une célébration eucharistique au Foyer Maurice Sixto, à Carrefour. Le prélat a dit comprendre pourquoi les hommes politiques n’ont aucune confiance en la présidence. Celle-ci, selon lui, n’a jamais manifesté clairement son intention de réaliser ou pas des élections dans le pays. Aussi, dit-il, il est temps de finir avec des élections « malatchong ».

« Je comprends pourquoi certaines personnes n’ont pas de confiance en l’exécutif pour réaliser des élections dans le pays. Je comprends pourquoi il y a une certaine méfiance de l’un vis-à-vis de l’autre. Raison : parce qu’on ne fait que jouer au chat et à la souris», a indiqué Mgr Guire Poulard avant d’expliquer : « On a l’impression qu’il y a un marronnage qui se fait de part et d’autre dans presque tous les secteurs de la vie politique. Surtout dans les deux camps opposés.»

Franc-parleur, le prélat n’y est pas allé par quatre chemins pour dire ce qu’il pense. « La manière dont le Conseil électoral provisoire a été formé, et plus encore la façon dont les BED et les BEC sont en train de se constituer donnent suffisamment de raisons à en douter », a-t-il estimé.

Selon l’ancien évêque de Jacmel, pour avoir des élections il faut qu’il y ait une certaine garantie. « Si vous sentez que les élections seront organisées de manière frauduleuse où chacun s’arrange pour élire ses députés, ses sénateurs, ses maires, on ne peut organiser aucune élection dans le pays», a soutenu le prélat dans une entrevue accordée au Nouvelliste dimanche lors de la célébration des 25 ans du Foyer Maurice Sixto, à Carrefour. Plus laconique, le chef de l’archidiocèse de Port-au-Prince a déclaré « qu’il est temps de finir avec des élections malatchong. »

En vue d’arriver au bout de cette crise, Mgr Guire Poulard croit que l’exécutif a intérêt à montrer des signes pour qu’on lui fasse confiance. Que celui-ci doit prouver qu’il est animé de bonne volonté pour organiser des élections honnêtes, libres et démocratiques dans le pays. L’exécutif montre tout aussi bien des signes positifs pour réaliser les prochaines joutes électorales que des signes contradictoires, selon le prélat.

Un appel à l’unité…

Outre la confiance qu’exige le prélat de l’exécutif pour organiser des élections en vue de sortir le pays de la crise, Mgr Guire Poulard a prêché en faveur du dialogue et de l’unité. De l’avis du religieux, on souhaite tous voir un déblocage de la situation mais personne ne voit l’issue. » « On ne peut pas progresser si on n’accepte pas de se rencontrer, a-t-il exhorté. Une rencontre pour parler de la vérité, de la situation réelle du pays mais pas pour s’occuper de ses affaires personnelles. »

Au sujet des sénateurs qui ont refusé de s’asseoir avec le chef de l’Etat au Palais national suite au dialogue formulé par le bureau du Sénat, Mgr Poulard estime qu’il est mieux de chercher un terrain neutre. « On ne peut pas demander aux sénateurs d’être aussi naïfs », a-t-il commenté.

Plus loin, l’archevêque de Port-au-Prince a dit vivement ne pas souhaiter que cette crise perdure; il a lancé un appel à l’unité. « Je crois qu’il y a trop de division pour en créer davantage. Le seul moyen de se relancer, c’est de s’unir mais pas de n’importe quelle façon », a soutenu le prélat.

Edrid St Juste

Source: Le Nouvelliste