Deux jours de communion et de partage entre auteurs et lecteurs. Encore une fois, ils étaient plusieurs milliers d’amants et amateurs du livre à prendre « d’assaut » le Parc Historique de la Canne à Sucre les 4 et 5 juin derniers. Dans ces temps d’élection, les candidats et les politiques ne se sont pas fait prier pour profiter de cette grande plateforme qu’est Livres en folie. Diplomates, officiels du gouvernement, candidats à la présidence et aux législatives, parlementaires en fonction ont approuvé le succès de cette 21e édition de la plus grande foire du livre du pays.

« Livres en folie défie le temps. Après 21 ans d’existence, elle doit être considérée comme patrimoine national… » Le président du Sénat n’avait pas besoin de quorum au grand Corps pour l’approuver. Au Parc Historique de la Canne à Sucre le deuxième et dernier jour de la foire du livre, Andris Riché en a profité pour féliciter les auteurs, notamment ceux avec qui il a déjà travaillé au Parlement et qui sont en signature. Le parlementaire a annoncé qu’il va demander à la questure du Sénat de délier la bourse pour acheter une quantité d’ouvrages que la Chambre haute pourra donner en cadeau.

Pour avoir été d’abord journaliste et ceci pendant longtemps, le ministre de la Communication ne rate pratiquement aucune édition de Livres en folie. Rotchild Francois Jr a vu grandir et se développer la foire du livre. Cependant, cette année, la participation massive des jeunes a attiré son attention. « Cela prouve qu’il y a une soif de savoir et c’est bon pour le pays…»

Très occupés ces derniers temps dans la préparation des prochaines élections, plusieurs conseillers électoraux ont pris du temps pour encourager les auteurs haïtiens et faire l’acquisition de certains ouvrages. C’était le cas pour, entre autres, Marie Carmelle Paul Austin et Me Jaccéus Joseph.

Après avoir participé quatre fois à titre d’auteur en signature, le conseiller électoral Jaccéus Joseph était cette année à Livres en folie à titre d’acheteur. Aussi a-t-il déclaré : « Je suis là pour encourager les chercheurs, les essayistes et les écrivains qui produisent dans un contexte difficile ». La mise à disposition des auteurs d’un fonds spécial se révèle aux yeux de Jaccéus Joseph une nécessité.

« Je souhaite qu’il y ait un cachet spécial pour les auteurs », a sollicité le Conseil électoral sans vouloir faire de la politique. Entre 80 et 90% des auteurs haïtiens publient à compte d’auteur, selon les chiffres avancés par l’auteur de ” Le procès de Duvalier, procédures pour dédommager les victimes”. Ce cachet spécial, a-t-il expliqué, serait aussi un avantage pour les lecteurs qui pourraient désormais se procurer des ouvrages à meilleur coût.

Me Jaccéus Joseph ou docteur Joseph en a profité pour annoncer son cinquième ouvrage “beaucoup plus polémique” que ses quatre premières œuvres sur la transition démocratique en prenant en compte en particulier un acteur politique clé de la conjoncture dont il n’a pas voulu révéler l’identité pour le moment.

Pour sa part, elle est à sa première participation à Livres en folie. C’est normal puisqu’elle vient juste d’arriver au pays. L’ambassadrice de la France accréditée en Haïti trouve cette foire du livre « très sympathique et très tonifiante. Pour madame Elisabeth Beton Delègue, il y a une énergie créatrice qui se dégage au Parc Historique de la Canne à Sucre. « Ce qui m’intéresse c’est de découvrir le pays par sa littérature », a-t-elle dit. Pour la diplomate, l’actualité politique en Haïti « est tout un roman », a-t-elle déclaré en souriant.

L’ancien président du Sénat et candidat à la présidence sous la bannière de l’organisation politique Palmis, Dieuseul Simon Desras, a d’emblée commencé par féliciter l’initiative de Le Nouvelliste et de la Unibank. « C’est un acte de détermination et de courage », a-t-il dit, ahuri du fait que Livres en folie, malgré les difficultés, ait pu tenir pendant 21 années.

« Livres en folie est un bouillonnement de grandes idées et des valeurs intellectuelles », a parlementé Dieuseul Simon Desras. Cette activité va aider Haïti à jouer un grand rôle aux yeux de l’humanité, a-t-il poursuivi tout en établissant le lien entre Livres en folie et la percée de Dany Laferrière devenu immortel en entrant à l’Académie française et Michaëlle Jean, aujourd’hui secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie. S’il atteint la magistrature suprême de l’Etat, « la culture sera considérée dans son programme de gouvernement comme un pilier »; en tout cas c’est ce que le candidat à la présidence a dit. C’est à travers la culture qu’on découvrira notre identité, a-t-il indiqué.

Me Aviol Fleurant, lui aussi candidat à la présidence, a envoyé des fleurs aux organisateurs de Livres en folie. Selon lui, après 21 ans d’existence de cette grande foire « à succès continu », il ne peut que louanger les initiateurs de la foire du livre.

Pour lui, « Livres en folie est une fenêtre d’opportunité pour Haïti » malgré la situation politique et économique difficile à laquelle fait face le pays. Cette foire du livre, a-t-il dit, fait la promotion de la littérature et de la culture haïtiennes. Pour le candidat à la présidence, la participation massive de la jeunesse à cette activité prouve qu’ « Haïti va renaître de ses cendres. »

La candidate à la présidence de la Fusion des sociaux-démocrates, Edmonde Supplice Beauzile, a été surtout étonnée de la quantité des enfants ayant pris part à la 21e édition de Livres en folie. « Les enfants ont de plus en plus pris goût à la lecture. Cela veut dire qu’il est en train de se passer quelque chose », s’est extasiée l’ancienne présidente de la commission éducation au Sénat de la République. Madame Beauzile a salué l’initiative de Le Nouvelliste et de la Unibank qui, selon elle, permet aux auteurs d’enrichir la littérature haïtienne.

L’aspirante à la magistrature suprême pense que l’Etat haïtien doit accompagner tous ceux qui évoluent dans la chaîne du livre. « Il faut que l’Etat accompagne les auteurs afin de permettre que leurs ouvrages se vendent à des prix abordables », a recommandé Edmonde Supplice Beauzile.

« Livres en folie rencontre ce que j’ai comme conviction. Elle réunit les auteurs de toutes les catégories confondues et de tranches d’âge différentes », a fait remarquer Jean-Henry Céant, qui dit vouloir prendre les intérêts de toutes les catégories sociales. Accompagné d’un poignet de partisans au Parc Historique de la canne à Sucre, le candidat à la présidence de Renmen Ayiti a expliqué qu’il est venu encourager les auteurs, en particulier, et la littérature d’une manière générale.

Il a déjà participé à cinq éditions de Livres en folie, en tant qu’auteur. Cette année, Youri Latortue n’y pouvait pas. Il a accordé la priorité aux élections mais « je tenais quand même à être présent », a t-il dit. Candidat pour un nouveau poste de sénateur dans le département de l’Artibonite, l’ancien sénateur croit que les hommes politiques doivent être au courant de tout ce qui se dit et très souvent ce qui se dit est dans les livres. Youri Latortue espère qu’il pourra présenter son sixième ouvrage l’année prochaine à Livres en folie.

Encore une fois ou pour la 21e fois, le succès de Livres en folie fait l’unanimité. Cependant, les organisateurs de l’événement ne se contentent pas de savourer leur réussite. Ils promettent d’apporter d’autres changements visant à améliorer la plus grande foire du livre du pays.

Robenson Geffrard et Danio Darius Source Le Nouvelliste